En 1972, Yoshiharu Tsuge est déjà entré dans la légende du manga. Il est le premier auteur à être reconnu au-delà du cercle des amateurs de bande dessinée. La Vis, son histoire parue en 1968 dans le numéro spécial que la mythique revue Garo lui a consacré, est désormais un classique reconnu par les milieux intellectuels. Quant à la forme de bande dessinée qu’il a mise au point, le watakushi manga – «?la bande dessinée du moi?», qui entremêle autobiographie et fiction pour créer une forme d’authenticité inédite – elle fait désormais école et inspire toute une génération. Mais Yoshiharu Tsuge refuse de se vivre en professionnel du métier. Il place son exigence d’auteur et son indépendance avant sa carrière. Les multiples déceptions qu’il a connues, son tempérament mélancolique et la précarité financière du milieu l’ont amené à se retirer de la profession à plusieurs reprises. Son départ de Garo n’a fait que renforcer son statut d’artiste hors-norme, tout comme ses périodes de silence. En