Il y a cent ans, André Breton rencontrait Nadja au hasard des rues de Paris. Leur brève liaison, du 4 au 13 octobre 1926, donna matière au chef-d'oeuvre de l'écrivain surréaliste, Nadja, publié en 1928. Témoignage exaltant de la "beauté convulsive", il est aussi le récit troublant, parfois jusqu'au malaise, d'un amour sans réciprocité. Mais la mythique Nadja était aussi une femme réelle, dont l'existence tragique fut longtemps négligée. Cette jeune femme, de son vrai nom Léona Delcourt, menait alors à Paris une carrière précaire et profondément démoralisante de danseuse, d'actrice, sinon d'entraîneuse dans les bars. Les 51 lettres et textes ici réunis, accompagnés d'une sélection de dessins, furent écrits dans les semaines qui suivirent cette rencontre et dans l'émotion de son échec. Ils sont déchirants par leur lucidité autant que par leur lyrisme, lorsque des images écrites sur la crête annoncent déjà le gouffre : "Il pleut encore, ma chambre est sombre, le coeur dans un abîme, ma ra